Historique

Historique1.pngRomagne est situé au cœur du seuil du Poitou avec la mer à l’ouest qui venait jusqu'à Niort et le début du Massif Central avec le Limousin à l’est et placé sur le passage des invasions venant du nord ou du sud qui vont rythmer son histoire.
On constate une permanence du peuplement et, de tout temps le territoire de notre commune fut habité. On y trouve de nombreux sites préhistoriques avec toutes les phases de la taille du silex y compris quelques très belles haches polies dont une est à double tranchant. Ces dernières ne semblent pas avoir d’utilité pratique car elles ne présentent pas de traces d’utilisation et il semble qu’elles soient la marque de chefs. C’étaient de véritables “signes extérieurs de richesse” indices de l’émergence précoce de chefferies néolithiques. Malheureusement on trouve cet outillage uniquement dans des sites de surface, impossible a exploiter scientifiquement, d’où des difficultés de datation.
Le peuplement est plus dense dans la région des terres rouges à châtaigniers, caractérisées par une grande fertilité qui constituent le sol de notre commune que dans les pays de brandes.
Vers -6000 arrive, venant de Mésopotamie, un peuple d’agriculteurs éleveurs qui succède à l’homme de Cro-Magnon.
Ce sont ces agriculteurs éleveurs qui 4 000 ans avant J.C. couvriront la région de menhirs, dolmens et tumulus. Entre la Rochemairan et Fontégrive au lieu-dit “les Pierres folles” existaient 2 dolmens qui ont été détruits au XIXè siècle. Près de la Rochemairan un lieu-dit “le Gros chiron” abritait peut-être une sépulture. (En poitevin, le chiron est un tas de pierres. On peut encore distinguer son emplacement dans la végétation et il est possible qu’il s’agissait d’un tumulus qui a été arasé pour faciliter la culture.)

Puis ce sont les Celtes “nos ancêtres les Gaulois” qui arrivent vers -1000. Notre région est occupée par la tribu des Pictons qui ont l’habitude de se tatouer le corps et d’où vient le nom de la province “le Poitou”. Pour eux de nombreux bois et sources revêtent un caractère sacré et on en retrouve la trace dans la toponymie. Ainsi, le nom du village de Fontégrive dérive de “Fons Sacriva” signifiant “Fontaine sacrée”.
Après la guerre des Gaules, les romains occupent la région, imposant la Pax romana. Un temple existait à côté de la Baudonnière, on trouve de nombreux débris de poteries dans le champ de la Ponne près d’Etivault et on a découvert au XIXème siècle une meule à bras (remise au musée de Poitiers) et des tuiles romaines entre les Teignouses et le bois Perot. Des monnaies gauloises et romaines, trouvées à la Millière, sont au musée de Saint Germain.
La paix est rompue en 275 par une ruée de barbares qui détruisent tout. S’ensuit une grave crise sociale qui se concrétise en 284 et 285 par la révolte des Bagaudes.
Vaincue en 286, la Bagauderie n’est pas anéantie et renaîtra plus d’une fois, d’où la décision de retirer une partie considérable des garnisons des frontières pour les disséminer dans l’intérieur de l’empire. Les Bagaudes mènent une guerre de guérilla et restent insaisissables, de là, la nécessité de très nombreux petits camps, placés à des distances rapprochées savamment disséminés sur l’immense territoire de la Gaule.

Sur la carte du Poitou gallo-romain, Romagne y figure comme le plus important cantonnement romain. Ceci s’explique certainement par les nombreuses batailles qui eurent lieu sur les bords du Clain lors de l’insurrection bagaude de 435 qui dura plus de 2 ans. Il y avait alors 200 camps ou mottes romains dans le Poitou dont au moins 5 mais plus vraisemblablement 6 ou 7 sur le territoire actuel de la commune. On trouve également des souterrains refuges entre la Rochemairan et la Borichère ainsi qu’à la Millière.
Quand au bourg de Romagne, anciennement Romania, ce qui signifierait “appartenant à Rome”, il date certainement de cette époque, ce que semble indiquer son tracé
En l’an 406 s’ouvre la période des invasions, Vandales, Alains, Suèves, Wisigoths, Arabes, Franques qui se déverseront sur notre sol à la façon d’un torrent déchaîné, puis les Normands ravageront la contrée à 5 reprises de 850 à 875.
Les habitants connurent alors l’extrémité de la misère humaine. On était bien loin du Poitou d’Ammien Marcellin, (335-400), qui écrivait: “l’aisance était si répandue dans les cités d’Aquitaine, -dont faisait partie le Poitou- la moelle de toutes les Gaules, qu’il était difficile d’y trouver un pauvre et un misérable”.
A partir de 840, le Poitou est gouverné par les comtes de Poitiers, qui deviennent ducs d’Aquitaine en 987 lorsque Hugues Capet devient Roi de France. Ils organisent la région en vigueries, circonscriptions dans lesquelles les viguiers, leurs délégués, exercent leur juridiction. Cette organisation décline rapidement au XIème siècle pour faire place aux juridictions féodales où les seigneurs châtelains exerceront tous les droits de justice dans leur fief.
Vublon fut le siège d’une de ces vigueries et on voit encore des armoiries sur une maison qui fut vraisemblablement la maison d’un viguier.


Historique2.pngUne église existait déjà à Romagne en 942 mais l’église actuelle date des XIème et XIVème siècles. Elle a subit de nombreux avatars au cours des siècles, le clocher en pierre “d’une assez grande hauteur” a été foudroyé en 1763 et la toiture en tuiles romanes brûlera à la fin du XIXème siècle.
A la Millière, la féodalité a édifié des casemates souterraines dont les archères dominaient le gué sur le Clain, puis un château fort. Ce fief qui s’étendait largement sur l’actuelle commune de Champagné Saint Hilaire eut d’abord droit de moyenne puis de haute justice et dépendait du marquisat de Couhé qui relevait lui-même de l’abbaye de Saint Maixent.
Le reste de la commune, la plus grande partie, dépendait de la châtellenie de Romagne dont les terres, unies à celles de la châtellenie de Champagné, appartenaient au chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers. Puis la plupart des terres de la châtellenie de Romagne vont devenir le fief du Parc et de Boisvert dépendant du comté de Civray. Il semble qu’Etourloubier fut également un fief pendant un temps assez bref
Le XIIème siècle voit la construction de nombreux moulins qui utilisent la force hydraulique. Moulin Vieux s’appelait déjà “Molendinum Vetus” en 1257. La Cueille existait en 1136 sous le nom de “Molendinum Collis”. La Forge, “Molendinum de Molinars” en 1257, deviendra un ”moulin à fer” vers 1530 et fut une des plus importantes forges du Poitou. Elle fonctionnera jusqu’à la fin du XVIème siècle, victime certainement des décrets de Charles IX visant à limiter l’emploi des forges, grandes consommatrices de bois. Les rois, grands chasseurs, ne voulaient pas que les forêts soient détruites à tort et à travers.


A la mort d’Aliénor d’Aquitaine le duché se disloque. En 1223 le Poitou passe au roi de France et c’est la guerre de 100 ans qui va à nouveau ravager la région. Au XVème siècle, à la fin de la guerre contre l’Angleterre, on trouve fréquemment dans les actes, mention de villages en ruines ou détruits ainsi que de terres qui restent “incultes, à cause des guerres et mortalité qui sont en Poitou”. En 1450 le Vignau est en ruine, les villages la Fayolle Badesteau, la Calmerie, Ardilleux, la Cornillère, le Breuil de Jay sont mentionnés comme détruits. Ils ne renaîtront pas. Quant au village de la Bataillère, disparu également, son nom semble indiquer qu’un combat ou une escarmouche a eu lieu à cet endroit.
Récemment, un souterrain refuge, daté du XIIIème siècle, a été découvert près de Fémolant.
En 1625, les habitants des villages de Vublon, Salvantier et Puycrachoux (actuellement Chez Sicault) sont tenus de poursuivre les évadés des prisons de la baronnie de Couhé jusqu’à la rivière la Vienne, sans payer de péage. On les appelaient “les gardes nobles de la commune de Romagne”.
Depuis la révolte des Bagaudes, notre histoire est jalonnée de jacqueries. En 1664, c’est la révolte du Poitou écrasée par l’armée. En 1694, une terrible famine fut suivie d’une nouvelle révolte qui ensanglanta la région.


La religion réformée fait de nombreux adeptes dont le seigneur de la Millière et on comptera 35 abjurations lors des dragonnades, à la fin du XVIIème siècle.
La seigneurie du Parc qui appartenait à la famille de Brilhac fut achetée en 1735 par Pierre Pallu. C’est Léonard, François, Xavier Pallu du Parc qui s’est marié dans la chapelle du château, qui est maire de Poitiers lorsque la révolution éclate. Comme le seigneur de la Millière, il va émigrer et leurs biens seront vendus comme biens nationaux.
A Romagne, la Révolution semble plutôt bien accueillie et de 1791 à 1793, 24 volontaires s’enrôlent pour “voler aux frontières, défendre la liberté”. Le curé Leroy et son vicaire prêtent le serment de respecter la Constitution.
La paroisse qui est devenue la commune paye un lourd tribu aux guerres napoléoniennes et le premier maire de Romagne François Didier, entre autre, perdra un fils à Austerlitz.
Le XIXème siècle voit arriver le train et Romagne sera desservie par les gares du Courault et d’Epanvilliers. On perce la Grand’rue qu’on prolonge en direction de Sommières.


Historique3.pngC’est, alors que Romagne est au sommet de sa prospérité avec près de 1800 habitants, qu’arrive la guerre de 1914-1918, pendant laquelle 70 de ses enfants resteront sur les champs de bataille. Il faut ajouter à cette saignée de nombreux romagnons mutilés dont certains mourront dans les années suivantes des suites de leurs blessures.
pucero4.png1939, c’est de nouveau la guerre. La commune accueille de nombreux mosellans évacués ainsi que l’Ecole Normale de Filles de Metz qui s’installe au château du Parc. Après la défaite de 1940, les normaliennes et leurs professeurs, malgré les pressions allemandes, refuseront de regagner la Lorraine annexée et resteront au Parc jusqu’en 1945.
Bien que Romagne se trouve dans la zone occupée, de nombreux réfractaires au Service du Travail Obligatoire, le STO, trouvent refuge dans les fermes où l’agriculture manque cruellement de bras en raison du nombre élevé de prisonniers.
pucero4.png1944, de nombreux romagnons ont regagné les maquis. Des escarmouches ont lieu à la Vergnauderie, aux Baillargers et à Metzaument provoquant, en représailles, la mort de 4 romagnons qui ajouteront leurs noms au martyrologue de la commune où figurera également René Pierre Rouger, résistant faisant partie d’une organisation dépendant du Réseau Notre Dame du colonel Rémi, et mort au camp de Dachau en novembre 1944.
La population de la commune qui était de 1490 habitants avant la dernière guerre va en décroissant jusqu’à la fin du XXème siècle où elle commence a amorcer une légère remontée.